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Zhimei Zhang


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Son entrevue :


Dans son récit autobiographique, Zhimei Zhang décrit la réalité intime de la vie en Chine. Découvrez-en plus en lisant son entrevue.

La date de l'entrevue : 29 septembre 2008

Vous avez publié Ma vie en rouge, un récit autobiographique de votre vie mouvementée en Chine. Qu'est-ce qui a motivé ce choix d'écrire cette biographie ?

J'avais une histoire à raconter.
Je voulais que les gens d'ici comprennent la Chine à travers la vie d'une femme ordinaire, ce que j'ai vu, ce que j'ai expérimenté et comment j'ai vécu un système totalitaire.
Je voulais laisser des choses de valeur à mes enfants pour qu'ils comprennent notre passé et apprécient la vie qu'on s'est forgé au Canada. Comme on dit en chinois « Se souvenir du passé et le comparer au présent. »

Comment présenteriez-vous votre livre ?

C'est un livre sur la vie d'une rebelle qui a le courage de confronter une société totalitaire, et sa détermination d'y échapper.

J'essaie d'exprimer la cruauté de la politique, la répression de la liberté, de l'esprit et des émotions avec autant d'humour et de délicatesse que possible mais dans mon propre style, c'est-à-dire d'une façon directe et simple. Toutefois, le message passe.

À quoi vous raccrochiez-vous pour surmonter toutes vos épreuves ?

Ma mère était mon modèle. Elle n'a jamais capitulé même si la situation était terriblement difficile et la pression insoutenable. Elle disait toujours, « Dans toute circonstance, n'aie pas peur, même si les murs tombent. » Elle a assumé la responsabilité de la famille pendant qu'elle était dévastée. Durant toute ma vie, j'ai suivi son pas, je me suis raccrochée à l'espoir que le changement viendrait tôt ou tard si je persistais dans mes efforts.
Peut-être il y a-t-il toujours eu un ange gardien pour me protéger.

À quoi ressemblait votre détention pendant la Révolution culturelle ?

Je suis restée enfermée dans une petite chambre sur le campus où j'ai travaillé pendant dix mois. La chambre était verrouillée de l'extérieur et on ne pouvait la quitter que quand on nous le permettait, par exemple, pour aller aux toilettes, pour faire des travaux physiques ou assister à des réunions de critique ou d'interrogation.

Nous devions faire des travaux forcés : pelleter le charbon dans la salle de chauffage, transporter les légumes dans la chambre froide pour stockage pendant l'hiver, nettoyer les toilettes qui étaient souvent bloquées, pelleter la neige et la glace sur le terrain où il faisait aussi froid qu'à Montréal.

Il fallait réciter les écrits du Grand Leader Mao Zedong, dehors, en plein hiver avant de commencer notre journée de travail et aucune erreur ou hésitation n'était tolérée.

Nous devions demander pardon à Mao Zedong avant et après chaque repas. C'était plus strict que n'importe quelle religion que je connaissais. L'idéologie de Mao faisait loi. Personne n'osait questionner, même si on savait que tout n'était pas vrai.

Quinze ans après avoir écrit Foxspirit, la version originale en anglais de Ma vie en rouge, vous êtes retournée en Chine pour une mission professionnelle de longue durée qui s'est achevée à votre retraite en 2002. Comment avez-vous vécu les changements depuis votre départ ?

L'économie de la Chine a changé énormément pendant les deux dernières décennies, et je l'ai remarqué quand je suis allée de 1997 à 2002 dans une ville de 3 millions d'habitants au sud-ouest de Beijing. Les magasins regorgeaient de marchandises, beaucoup plus nombreuses et plus variées. Les gens mangeaient bien, le rationnement de l'alimentation était chose du passé. Les gens s'habillaient bien. Fini tous les habits de la même couleur et du même style. La situation du logement a commencé à changer, et posséder un logement devenait envisageable. L'infrastructure était plus développée, particulièrement les autoroutes et les chemins de fer.

Beaucoup de désavantages sont apparus avec le progrès de l'économie :
- la polarisation entre les riches et les pauvres ;
- la corruption était courante ;
- l'argent est devenu le coeur de la vie ;
- les maux sociaux, sitôt éliminés, sont revenus : la prostitution cachée dans les karaokés et les instituts de massage, la drogue et le jeu ;
- les marchandises contrefaites.

Certaines choses n'ont pas changé :
- la liberté de presse n'existe toujours pas ;
- le contrôle est maintenu sur les gens qui expriment des opinions différentes.

Foxspirit a obtenu le prix QSPELL des oeuvres littéraires non romanesques de la Canadian Science Writers Association. Que représente pour vous cette distinction ?

C'était la première fois que je recevais une reconnaissance publique après des décennies de dénégation dans mon propre pays. Quand mon nom a été annoncé, ma fille, qui était présente, a poussé un cri de joie. J'étais en larmes. Ce n'était pas seulement la reconnaissance d'un livre, c'était la reconnaissance de qui je suis. Le degré d'encouragement que ça m'a donné est indescriptible.

En Chine, Ma vie en rouge est toujours interdit. Comment réagissez-vous ?

Ni la version anglaise, ni la version française de mon livre n'ont atteint la Chine. C'était la version chinoise qui était interdite. Je l'ai traduite à la demande d'une maison d'édition chinoise, et selon le contrat signé. Mais il a été rejeté à la veille de sa publication sans aucune raison. La Révolution culturelle est une honte et un sujet délicat dans l'histoire de la Chine. Pourquoi, après plus que 40 ans, les persécuteurs ont-ils encore peur de révéler la vérité. Ma vie à moi se poursuit ici sans peur.

Dans votre prochain livre qui s'intitulera Foxdream, vous abordez votre expérience de vie au Canada. Une version française est-elle prévue ? Si oui, quand ?

Je suis en train d'écrire Foxdream. Sûrement sera-t-il traduit en français, mais je ne sais pas quand.

Mais j'ai déjà écrit un article en français sur mon séjour d'un mois à Beaumont, petit village le long du fleuve Saint-Laurent. Il s'agit de mon intégration dans la communauté française et de mes efforts pour améliorer ma connaissance de la langue.

Retournez-vous régulièrement en Chine ?

Quand je travaillais, oui. Mais depuis ma retraite en 2002, j'y suis allée une fois.

Comment voyez-vous la Chine évoluer dans les 20 prochaines années ?

C'est difficile à prédire, je ne suis pas une analyste politique ou économique. À la vitesse où elle évolue, la Chine pourrait devenir un géant de l'économie. Mais si le système de politique ne change pas, les problèmes sociaux créeront beaucoup de dangers cachés.

Quels sont vos projets ?

Je veux finir d'écrire mon deuxième livre dès que possible.
Je cherche un endroit pour faire une exposition de ma collection de porcelaine chinoise et je souhaite continuer à améliorer mon français.

Pour terminer, quel message voudriez-vous lancer aux lecteurs ?

Sois fidèle à toi-même.


Zhimei Zhang en 5 questions :

1) La chose que vous cuisinez le mieux ?
Le chou chinois avec le petit piment rouge, l'ail, l'échalote, la sauce soya et le vinaigre. C'est simple et facile à préparer, et ça laisse un goût qui perdure.

2) Une tradition à laquelle vous tenez ?
Je mange avec des baguettes, j'aime le riz à la vapeur.

3) Le moment de la journée que vous préférez ?
L'après-midi avant le coucher du soleil, c'est le moment calme de la journée et la terre devient fraîche.

4) Le livre que vous avez relu le plus souvent ?
Le dictionnaire, parce qu'il me donne toujours des surprises : des nouveaux mots, des expressions inconnues, sans aucune répétition. Je me sens comme une enfant qui joue dans un labyrinthe, qui perd son chemin et le retrouve avec joie, et dont l'imagination voyage sans limites.

5) Le plus beau mot de la langue française ?
Amour, c'est un mot qui incarne le son, le regard, l'odorat et la sensation de l'amour.


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