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Avant de s'adonner à l'écriture, l'auteure de la populaire trilogie D'un silence à l'autre, Micheline Duff, s'est investie en technologie médicale, auprès de sa famille, et dans l'enseignement du piano.
De ce dernier découle sa présence hebdomadaire dans un centre de détention et la naissance du roman Mon cri pour toi. Elle poursuit son oeuvre romanesque avec Au bout de l'exil, Tome 1 - La Grande Illusion, le début d'une bouleversante saga familiale.
Réf. 867075
  
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Mon cri pour toi
Rage intérieure.
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Planté dans le contexte historique de la crise économique des années 1930 jusqu'au milieu des années 1960, dans un décor tantôt champêtre, tantôt urbain, "D'un silence à l'autre" nous amène au plus profond des émotions. Ce roman traite de certaines faiblesses, mais aussi de la grandeur d'un amour maternel, de l'amitié tenace entre deux soeurs, de la magnanimité du pardon. Il termine d'ailleurs sur une lueur d'espoir, car un silence enfin rompu amènera une éclaircie qui laisse entrevoir la clarté des jours. Personnages vivants plus vrais que nature, sentiments palpables, situations réalistes et dramatiques sont au menu de ce livre empreint de justesse, de nuance et d'humanité.
La date de l'entrevue : 8 juin 2007
1) Vous êtes professeure de piano dans la vie, avez été enseignante longtemps et dans le secteur médical. Pourquoi vous êtes vous lancée dans l'écriture de romans ?
J'ai toujours adoré écrire. Je pense que j'avais de la facilité, même à la petite école. Je me rappelle que la religieuse lisait souvent mes compositions devant la classe. Durant ma jeunesse, j'ai braillé mes peines d'amour autant sur le papier que sur le piano. Et j'ai rédigé le journal de chacun de mes quatre enfants jusqu'à ce qu'ils aient dix-huit ans en le remplissant davantage de textes que de photos. À Noël, j'ai toujours offert un conte de Noël en cadeau à mes élèves de piano. J'ai eu ensuite un correspondant à qui j'ai écrit quotidiennement pendant cinq ans. La déroute que j'ai ressentie quand cette correspondance a cessé m'a fait réaliser à quel point j'aimais écrire et, tout autant, être lue. C'est pourquoi j'ai écrit mon premier roman à 55 ans et que j'en publie un par année depuis ce temps.
2) Vous vous adonnez aussi au bénévolat dans un hôpital pour enfants et dans un centre de détention où vous enseignez le piano. Comment ces activités influencent-elles votre métier d'auteure ?
Je n'ai malheureusement plus le temps de visiter les hôpitaux mais je donne encore des cours de piano en prison à toutes les semaines. Cette activité aiguise ma sensibilité et la conscience que j'ai de la souffrance des autres. Croyez-moi, cela me rapporte bien plus que cela me demande ! J'y vis des expériences extraordinaires qui me permettent d'approfondir l'âme et le coeur des humains quels qu'ils soient. Car, derrière les barreaux, je vois souvent battre des coeurs d'enfants. Par exemple, la semaine dernière, un détenu qui a une voix de ténor magnifique m'a chanté l'AVE VERUM de Mozart. Simplement comme ça, a capella, juste pour moi, entre les quatre murs de la salle qui sert pour les cours de piano. Ce fut extraordinaire, et j'ai dû me retenir pour ne pas exploser devant un tel cadeau.
3) En 2003, vous avez écrit « Mon Grand », un livre très émouvant dans lequel vous racontez vos 10 ans de relations avec le sans-abri Jean-Pierre Lizotte. Vous entreteniez une correspondance quotidienne avec cet homme dans les années 1990 (des milliers de pages avaient été échangées). Qu'est-ce qui a motivé ce choix d'écrire ce témoignage ?
Si vous me permettez une petite mise au point : la correspondance que j'ai entretenue pendant des années était avec Léopold Lizotte, le frère de Jean-Pierre Lizotte.
La mort de Jean-Pierre a été hautement médiatisée, on voyait sa photo dans les journaux et à la télévision presque tous les jours ! Comme j'étais à écrire mon premier roman, la tentation a été forte de profiter de l'occasion pour raconter ce que j'avais vécu avec cet homme et me faire ainsi un nom d'écrivain. Mais je ne suis pas amateur de sensationnel et je n'avais pas envie de profiter de la mort de quelqu'un que j'aimais pour me faire connaître. J'ai attendu que la poussière retombe sur toute cette affaire, c'est-à-dire quatre ans, et j'ai raconté simplement les dix ans que j'ai vécus à vouloir récupérer un sans-abri. Je ne parle pas de sa mort ni ne prends position contre la brutalité policière dans ce livre que j'ai écrit en trois mois. Je voulais simplement dire au monde que derrière une main qui quête sur le coin d'une rue, réside souvent tout un drame.
4) Votre dernier roman est une saga, le premier tome étant «D'un Silence à l'autre » et le deuxième « La Lumière des mots ». Le premier tome relate l'histoire de deux soeurs, Florence et Andréanne avec en toile de fond les années 1930 jusqu'à 1960 et des secrets de famille dévoilés. D'où vous est venue l'idée de cette saga ?
Le premier tome s'étale sur une période de trente-cinq ans, le deuxième nous amène jusqu'en l'an 2000 et le troisième qui met un terme à la trilogie se termine en 2006. Comme pour mes autres romans, il s'inspire, au départ, d'un fait vécu. Un fait qui se résume en un paragraphe, bien souvent, et autour duquel je bâtis un roman.
Donc, j'ai rencontré, à un moment donné, une vieille connaissance à qui j'ai demandé des nouvelles de sa mère. Elle m'a répondu : « Ma mère, je ne lui parle plus depuis des années ». N'osant la questionner davantage, j'ai fait ma petite enquête personnelle, toujours à l'affût d'une histoire originale. Ce que j'ai découvert méritait sûrement d'en faire un roman. Mais j'ai décidé de raconter l'histoire de la mère ! Je me suis demandé comment cette femme vivait elle-même ce drame, de l'intérieur... On la connaît donc à l'adolescence, en 1930, dans un village des Laurentides. Elle a une soeur d'à peu près le même âge. Déjà, entre elles, certains silences se sont installés.
Bien sûr, j'ai déguisé les lieux et la famille !
5) Vous alternez entre des pages du journal d'Andréanne et la narration à la troisième personne qui se concentre sur Florence. Pourquoi ce choix d'écriture ?
J'aime ce qui est original et sort de l'ordinaire. Le journal d'Andréanne nous permet de la saisir plus à fond car elle y met son âme à nu. Et le lecteur réalisera que chacune des deux soeurs, à cause du silence, n'interprète pas toujours les événements de la même manière.
6) Cette saga est un portrait sensible d'une société recluse et conservatrice où les tabous et la religion étaient pesants. Pourquoi avoir choisi cette période pour situer votre roman ?
Cette époque est celle de nos parents, période de contraintes, de tensions morales et d'asservissements de toutes sortes dont j'ai un peu hérité durant mon enfance. Il ne faut pas oublier que j'étais adolescente dans les années 60. La révolution tranquille nous a apporté d'énormes revirements auxquels les gens de ma génération ont dû s'adapter petit à petit. Les jeunes d'aujourd'hui n'ont pas idée à quel point nous venons de loin, nous les femmes ! De retourner en arrière pour les besoins d'un roman est fascinant, et j'ai longuement questionné mon père de 92 ans pour connaître des détails de la vie que menaient nos prédécesseurs. J'ai toujours pensé que l'Histoire est la meilleure école pour une société. Il est primordial de savoir où l'on s'en va mais c'est tout aussi important de connaître d'où l'on vient.
7) Patricia Power, chroniqueuse radiophonique, indique dans un article (Radio-Canada Mauricie Centre-du-Québec, 23 novembre 2006) que « D'un Silence à l'autre » lui rappelle le climat qui régnait dans la série « Nos étés » (fond, caractère et psychologie des personnages). Êtes-vous d'accord avec cette comparaison ?
Malheureusement, avec « mes deux jobs » à plein temps : écriture en début de journée et cours de piano les fins d'après-midi et soirées, je ne peux me permettre de regarder la télévision. Mais Patricia Powers n'est pas la seule à avoir fait cette comparaison. Plusieurs lecteurs m'en ont parlé dans des courriels. Et, chaque fois, on a mentionné qu'il s'agissait d'une excellente émission. Alors tant mieux !
8) Parmi vos romans, quel personnage affectionnez-vous le plus ? Pourquoi ?
J'ai adoré tous les personnages féminins de mes romans, sans doute parce que je me suis mise facilement dans leur peau. La simplicité de la flûtiste Mireille dans "Clé de coeur", l'authenticité de Gabrielle, la mère qui en a ras-le-bol dans "Plume et pinceau", la droiture de Maryse dans "Jardins interdits". Par contre, j'ai détesté Lorraine dans "Les lendemains de novembre". Pour ce qui est de la saga de "D'un silence à l'autre", c'est à Florence que je m'identifie le mieux. Je pense que j'aurais agi comme elle ! Et, moi non plus, je n'aurais pas fait mal au beau docteur Vincent.
9) Quels récits ou quels auteurs ont le plus influencé votre imaginaire ?
Tous les livres de Félix Leclerc se trouvent sur la tablette disposée sous ma table de chevet. La philosophie de cet homme, sa poésie, son amour de la nature, son culte de la simplicité, de l'innocence, du petit... Vous savez, cette histoire du roi qui dispose de tous les pouvoirs mais qui est heureux parce qu'il s'en va courir dans les champs. Toutes les chansons et les livres de Félix ont marqué ma jeunesse et j'adore m'y replonger encore de temps en temps. Dialogue d'hommes et de bêtes, c'est génial et tellement rempli de poésie !
Mais, à bien y penser, chacun parmi les milliers de livres que j'ai dévorés durant toute ma vie, à partir de Tintin jusqu'aux livres d'histoire que je suis en train de consulter pour un prochain roman, a influencé ma façon de voir les choses et de les écrire.
10) Dans votre entourage, qui est votre premier lectorat avant publication ?
Très peu de personnes lisent mes manuscrits avant que je les fasse parvenir à l'éditeur, à peine deux ou trois amies cartésiennes ou sensibles et minutieuses et, surtout, honnêtes en qui j'ai une confiance absolue. Pour mes premiers livres, mes filles se montraient prêtes à jeter un coup d'oeil sur mes manuscrits, maintenant, elles et mon mari préfèrent dévorer le bouquin achevé et tout entier !
11) À quoi travaillez-vous en ce moment ?
Le troisième tome de la saga « D'un silence à l'autre » : Les promesses de l'aube vient d'être accepté par l'éditeur. Il me reste donc quelques re-lectures et retouches à faire avant qu'il ne sorte.
Mais, déjà, je suis en train de me documenter pour une prochaine saga qui se déroulera en bonne partie en Nouvelle-Angleterre, à la fin du siècle dernier, où presque un million de Québécois a émigré entre 1860 et 1930. Mon histoire débutera dans la région du Saguenay, se rendra jusqu'aux États-Unis pour une longue période et se terminera probablement au Saguenay. Il me reste à visiter les lieux où l'action se déroulera, soit Lowell, Massachusetts, et un village que je choisirai pas trop loin du Lac St-Jean... Je me le promets pour très bientôt.
Une fois de plus, la trame s'inspire d'un événement qui a eu lieu réellement, au départ.
12) Pour terminer, quel message voudriez-vous lancer aux lecteurs de Québec Loisirs ?
Lisez « québécois ». Les livres d'ici sont le miroir de notre société. Ils reflètent ce que nous sommes, avec notre histoire, nos structures, nos valeurs, nos rêves, notre vision du passé, du présent, de l'avenir. Cela ne devrait laisser indifférent aucun d'entre nous.
J'aimerais dire aussi « merci à tous ceux qui me liront ».
Micheline Duff en 5 questions :
1) Quelque chose qui vous met en colère ?
La loi du moindre effort largement observée par un élève devant mon piano, à quatre heures de l'après-midi, alors que j'ai envie d'écrire.
2) Votre dessert préféré ?
J'adore TOUS les desserts, surtout ceux qui sont outrageusement chocolatés !
3) Une chanson que vous aimez fredonner ?
Comme j'ai un mari, quatre enfants qui ont des conjoints, dix petits-enfants, des frères, une soeur, un père et plein d'amis, pas besoin de vous dire que je fredonne souvent la chanson Gens du pays de Vigneault : « Mon cher... c'est à ton tour de te laisser parler d'amour » ! Mais j'aime bien chanter les vieilles chansons de Léveillée, Vigneault, Ferland, Leclerc et autres chansonniers de l'époque.
4) Une de vos petites manies ?
J'écris mes livres à la main d'abord, et toujours sur du papier ligné jaune, avec un crayon Pilot bleu V7. Sinon, pas question !
5) Une couleur qui vous ressemble ?
J'aime toutes les teintes chaudes, du jaune jusqu'au rouge.
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