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Michel Tremblay s'est fait connaître internationalement grâce à l'univers unique qu'il crée dans chacune de ses oeuvres. En 1968, sa pièce à succès Les belles-soeurs lui a permis de se consacrer seulement à l'écriture, lui qui exerçait jusqu'alors le métier de typographe. Maintes fois récompensée pour son talent, cette figure marquante de la littérature québécoise n'a jamais déçu ses nombreux admirateurs.
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Dans son dernier livre, le verbe de Michel Tremblay s'allie au plaisir du dramaturge et certaines scènes dialoguées sont de bouillants tableaux de théâtre. Il nous en dit plus.
La date de l'entrevue : 6 février 2009
La traversée de la ville est le 2ème tome de la trilogie La diaspora des Desrosiers et est donc la suite de La traversée du continent.
Dans ces livres, vous avez de nouveau puisé dans votre histoire familiale. Pourquoi avoir décidé d'écrire sur la jeunesse de votre mère, Nana, un personnage clé des Belles-soeurs ?
Parce que ma mère a eu, je crois un parcours exceptionnel : partie de la Saskatchewan en 1913 alors qu'elle était pré-adolescente, elle est venue rejoindre sa mère à Montréal, est retournée dans l'Ouest canadien, puis est revenue après la guerre 14-18, alors qu'elle a rencontré mon père...
Quelle est la frontière entre la réalité et la fiction ?
L'anecdote ci-haut mentionnée est vraie, tout le reste a été inventé par moi.
Dans La traversée de la ville, vous mettez en scène deux traversées de Montréal : celle de Maria, la mère et celle de sa fille, Nana. Quel est le but de chacune de ces traversées ?
Celle de Maria est un retour aux sources : c'est une femme qui veut refaire sa vie alors qu'elle se trouve dans une situation difficile et qui, dans un sens quête son retour au bercail. Rhéauna, au contraire, rêve de partir de Montréal où elle n'est pas heureuse pour retourner en Saskatchewan.
La traversée de la ville se déroule dans les années 10, époque où est né le joual. Comment est-il né ?
Quand Montréal est devenue une grande ville industrielle, les gens de la campagne sont venus y gagner leur vie. Comme les industries appartenaient aux Anglais, les hommes travaillaient en anglais au travail et ramenaient des expressions anglaises à la maison. Les femmes, de leur côté, insistaient pour garder le français à la maison et c'est ainsi qu'est né le joual, un mélange des deux langues. Si les femmes n'avaient pas insisté pour garder le français à la maison, Montréal serait vite devenue une ville presque complètement anglaise.
Vous disiez dans une entrevue avec Le Devoir qu'en vieillissant, vous avez modifié le regard que vous portiez sur vos proches. Comment est-il aujourd'hui ?
C'est mon regard sur le monde en général qui a changé : quand j'étais jeune, je jugeais les autres, comme si tout était la faute des autres ; maintenant que je suis plus vieux, je me pose des questions à moi-même sans juger.
Un 3ème volet, La traversée des sentiments est attendu pour bientôt. De quoi parlera ce dernier volet ?
Il sera plus introspectif : Maria, Tittite, Teena, Rhéauna et Théo iront passer une semaine à la campagne (une autre traversée) et auront à réfléchir sur leurs vies.
La ville de Montréal est au coeur de vos oeuvres. Quels sont vos sentiments pour cette ville ?
Tout ce que je peux dire est que j'adore Montréal, avec tous ses défauts et toutes ses qualités. C'est une ville excitante, vivante, et comme toute les villes pauvres (parce que c'en est une), elle est d'une incroyable créativité.
Une bibliothécaire disait à une lectrice qui arrivait au Québec : « Si tu veux connaître le Québec, lit Michel Tremblay. Tu comprendras comment le Québec vit, respire, s'exporte et se trouve une voix à travers le monde. » Qu'en pensez-vous ?
J'entends souvent ce genre de commentaire et j'en suis très flatté, mais je crois qu'aucun écrivain nulle part dans le monde n'a jamais pu décrire son pays en entier... Nous en donnons des bribes, celles que nous connaissons et que nous aimons, c'est tout.
Dans votre entourage, qui est votre premier lectorat avant publication ?
Beaucoup de gens, presque une vingtaine, à qui je fais parvenir par courriel ce que j'ai écrit dans la semaine. Leurs commentaires me nourrissent beaucoup et m'encouragent à continuer.
Sur quoi travaillez-vous en ce moment ?
Le troisième volet de la diaspora des Desrosiers, « La Traversée des sentiments ». J'en suis, aujourd'hui 6 février 2009, à la page 109 !
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