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Kathy Reichs est anthropologue judiciaire à Montréal et professeure d'anthropologie judiciaire à l'université de Charlotte, en Caroline du Nord. Elle fait partie des 50 anthropologues judiciaires certifiés par l' American Board of Forensic Anthropology et travaille fréquemment de concert avec le FBI. Son oeuvre a notamment inspiré la série policière Bones.
Réf. 043835
Les os du diable
Devils Bones
La vérité sera terrible !
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Voici l'anthropologue judiciaire la plus connue du Québec. Son héroïne Tempe nous emmène toujours dans des histoires incroyables !
La date de l'entrevue : 15 janvier 2008
Vous êtes professeur à l'université de Caroline du Nord à Charlotte, anthropologue judiciaire pour le compte du Bureau de l'examinateur médical en chef, en Caroline du Nord, et pour le Laboratoire de sciences judiciaires et de médecine légale de la province de Québec. Qu'est ce qui vous passionne dans ces activités ?
Comme je dis souvent, je travaille avec la mort mais je travaille pour les vivants. Je suis passionnée par mon travail au Laboratoire médical légal parce que je garde en tête une image plus gaie pour aider à donner une identité à la mort et à donner aux familles des réponses désirées.
Comment décririez-vous votre métier en quelques mots ?
Je suis anthropologue spécialisée dans le squelette humain. Je manipule des restes humains de corps souvent endommagés, momifiés, mutilés, décomposés ou simplement à l'état de squelette. Je travaille parfois sur de la recherche d'identité et mais aussi sur des causes de décès.
Quelle a été votre plus grande joie dans votre métier d'anthropologue ? Et votre plus grande frustration ?
Ma plus grande joie est de contribuer à des résultats pour les familles. Étant capable de témoigner en justice s'il s'agit d'un cas d'homicide, de violence à l'encontre d'une personne, cela assure que la justice peut-être rendue. Les cas les plus frustrants, bien sûr, sont ceux qui ne peuvent pas être résolus. J'ai un entrepôt dans lequel sont stockées des boîtes contenant des os d'individus qui n'ont jamais été identifiés ou s'ils le sont, personne n'a jamais été arrêté pour leur meurtre.
Vous avez sorti votre premier roman, Déjà Dead en 1999. Entre deux os, est le neuvième. Comment est né ce désir de devenir auteure ?
Je pense que j'ai écrit le premier livre parce que les gens n'arrêtaient pas de me dire "ce que vous faites est très intéressant, vous devriez écrire un livre". Puis une opportunité s'est présentée. En 1994 je travaillais sur un cas d'un tueur en série et en même temps je suis devenue professeur à l'université. Alors, j'ai eu la liberté de faire quelque chose de nouveau, quelque chose de différent et j'avais une idée sur le sujet. Tout ça a provoqué l'arrivée de "Déjà Dead".
Vous avez été l'un des experts appelés sur le site des Tours jumelles à New-York après le 11 septembre 2001. Comment avez-vous vécu cette expérience ?
Travailler dans les deux tours jumelles était l'une des choses les plus difficiles que j'ai jamais faites, physiquement et psychologiquement. Nous avons travaillé 13 heures par jour creusant dans les débris et dans les blocs de béton. Mais en même temps tout le monde voulait nous aider donc ça a été gratifiant. Et nous avons été capables de travailler longtemps pour creuser, pour essayer de trouver ce qui reste des victimes.
Dans un article du Devoir, vous avez expliqué « Depuis le procès d'O.J Simpson, les gens sont devenus plus passionnés que jamais par les aspects scientifiques des enquêtes ». Comment expliquez-vous cet engouement ?
Ce n'est qu'une théorie mais je pense que les gens ont vraiment commencé à s'y intéresser avec l'arrivée du procès d'O. J Simpson. Nous l'avons écouté 24/24, 7j/7 et je pense que les gens sont devenus très confus et très intrigués par la façon dont la science judiciaire fonctionne. Ils ont entendu parler de la balistique, de l'ADN, etc. Je pense donc que ça a été le début et des personnes comme moi, des écrivains, ont commencé à écrire sur le sujet. J'ai écrit mon premier livre en 1994. Donc je pense que tout est arrivé au même moment et que les gens ont toujours été intéressés par les meurtres et les mystères des meurtres. Sauf que maintenant la solution, au lieu d'être intuitive, est conduite par la science.
Vous avez fait de Montréal la toile de fond de plusieurs de vos romans. Par exemple, Déjà Dead s'inspirait des meurtres de Serge Archambault, accusé en 1994 d'avoir tué plusieurs femmes. Dans Death du jour, vous vous inspirez dans les autopsies des victimes des suicides du Temple solaire. Pourquoi avez-vous choisi cette ville pour mettre en scène vos histoires ?
Quand j'ai décidé d'écrire mon premier livre, je commençais à rechercher un lieu pour le crime. Le lieu joue un rôle très important dans l'histoire. Il y a beaucoup de personnages dans les romans policiers qui sont liés à des villes spécifiques ; Boston à cause de Spencer et Sue Grafton avec son personnage qui habite à Santa Barbara, Californie ainsi que Sarah Paretsky qui a écrit ses livres à Chicago. Donc je recherchais un lieu qui était quelque peu exotique mais en même temps assez connu par le grand public américain et j'ai appris que personne n'utilisait Montréal. Je connais Montréal, j'aime bien cette ville c'était donc un choix parfait.
Dans vos romans, l'héroïne est Temperance Brennan, une anthropologue judiciaire anciennement alcoolique et divorcée. Qu'est ce qui vous distingue de ce personnage ?
Tempy et moi avons beaucoup de choses en commun professionnellement. Comme moi elle travaille dans un laboratoire, elle est anthropologue et elle travaille en Caroline et au Québec. Cependant, elle a sa propre personnalité. J'ai voulu que le personnage principal soit accessible, pas trop parfait, qu'il ait des failles. Par conséquent, j'ai voulu qu'elle rencontre certaines difficultés de la vie, comme l'alcoolisme ou un mariage difficile. J'ai également voulu qu'elle ait le sens de l'humour. Je trouve ça important.
Dans une entrevue avec Radio-Canada, vous avez dit : « Je pars de faits réels et j'y mêle une intrigue policière. Et puis mon approche est celle d'une scientifique ». Quel cas vous a inspiré pour écrire votre dernier roman, Entre deux os ?
Entre deux os est peu différent des autres livres. Dans ce livre, il n'y a pas un seul cas spécifique qui l'a inspiré. Je réunis beaucoup de différents cas que j'ai eus. Les corps noyés, les corps pendus en raison d'un suicide, ou encore les corps sans têtes ou les têtes sans corps. Alors j'ai rassemblé beaucoup d'idées et je les ai mélangées avec des titres de journaux assez effrayants. Je ne veux pas dévoiler trop de détails mais cela implique également des os de morts.
Vous êtes en contact avec des victimes. L'êtes-vous avec les criminels ?
J'ai très peu contact avec les familles des victimes ou avec les accusés. En revanche, je suis en quelque sorte en contact avec les victimes eux-mêmes. Je fais partie d'une équipe qui travaille avec toutes sortes de médecins de police : le dentiste, le pathologiste ou avec des personnes dans la balistique ou dans la toxicologie. Nous formons tous une équipe qui essaye de regrouper les petits morceaux du puzzle. Alors oui, je suis en contact avec la victime. Quand je vois les accusés, ils sont loin et je dois traverser toute la salle de cour, j'ai donc très peu de contact avec les accusés.
Quel genre de rapport à la mort développez-vous dans le double métier d'anthropologue et d'écrivaine ?
Je ne pense pas que mes rapports avec la mort soient différents de ceux des autres personnes. Nous savons tous que la mort est là, qu'elle nous attend et qu'elle est inévitable. C'est juste que je la vois plus souvent par rapport aux autres personnes et que c'est peut être parce que dans notre laboratoire, nous travaillons sur la mort violente, par accident, les suicides, les homicides, ainsi que les morts inattendues. Je vois aussi des morts effrayantes et renversantes. Je suppose qu'en les voyant, on se rend compte que la vie est fragile et qu'elle peut se terminer à tout moment.
La série « Bones », dont vous êtes productrice et conseillère à l'écriture, s'inspire de votre vie. Elle raconte les péripéties d'une anthropologue judiciaire qui travaille sur des cas le jour et écrit des romans le soir. Quelle a été votre motivation pour vous lancer dans cette aventure ?
J'ai pensé que ce serait amusant de voir Tempy sur le petit ou le grand écran. Nous nous sommes beaucoup amusés avec la série. Je pense que Tempy dans la série télé est une version plus jeune que celle de Tempy qu'on trouve dans mes livres. Je pense que « Bones » est une période plus récente dans la vie de Tempy. Et comme avec les livres, j'essaye de m'amuser avec un sujet plutôt sombre .Nous faisons la même chose avec la série. Nous essayons vraiment d'y mettre de l'humour. Ce n'est pas évident car il s'agit de mort violente. Alors nous devons faire attention.
Quels sont vos futurs projets ?
Mon projet suivant est de finir le livre numéro 11, ce que je compte faire dans les prochaines semaines. Ce livre s'intitule "Devil bones". Il sera publié au plus tard à l'été 2008.
Pour terminer, quel message voudriez-vous lancer aux lecteurs de Québec Loisirs ?
Je voudrais remercier tous mes lecteurs de Québec Loisirs d'acheter et d'apprécier mes livres. J'espère qu'ils continuent à le faire. Ce sont mes lecteurs qui sont la raison du si grand succès de Tempy. J'ai eu beaucoup de plaisir à écrire la série.
Kathy Reichs en 4 questions :
1) Le moment de la journée que vous préférez ?
Ça dépend de ce que je fais. Le meilleur moment pour moi pour écrire est la matinée. J'écris mieux avant le déjeuner.
2) Une cause qui vous tient à coeur ?
Il y a en beaucoup mais celle que j'ai décrite dans "Bare bones" était l'idée de retrouver les espèces en voie de disparition. C'est quelque chose à laquelle je tiens beaucoup. Tous les animaux devraient être protégés en plus des espèces en voie de disparition.
3) Le métier que vous rêviez d'exercer enfant ?
Quand j'étais petite je voulais devenir scientifique. Je ne savais pas vraiment ce que ceci signifiait. Je me voyais habillée en veste de laboratoire et regardant dans un microscope. Et il se trouve que c'est ce que j'ai fait la plupart du temps dans ma vie.
4) L'auteur qui vous touche le plus ?
Il y a beaucoup d'auteurs que j'apprécie vraiment, il n'est pas facile d'en choisir un seul. Je lis d'autres livres, je ne lis pas seulement des romans policiers. Margaret Atwood est un auteur merveilleux. J'aime beaucoup Maeve Binchy, elle raconte très bien les histoires. J'aime aussi Ian Rankin, c'est un bon écrivain policier. Il y en a trop pour en choisir un seul.
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