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Journaliste, Julien Brault s'intéresse tout particulièrement aux médias et à l'édition. Notamment collaborateur au magazine Commerce, il occupe maintenant le poste de rédacteur en chef du magazine Livre d'ici tout en tenant une chronique mensuelle dans l'hebdomadaire Ici Montréal.
Une fascination pour les grands entrepreneurs l'a mené, dans son travail de journaliste, à écrire sur le sujet dans des publications telles que Commerce et à se documenter sur certains d'entre eux. Finalement, ce fut une conversation avec Normand Lester qui l'amena à franchir le pas et à commencer la biographie de Pierre Péladeau, ce "self-made-man" qui est parvenu à bâtir un empire avec 1 500$.
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Première biographie véritablement non autorisée du personnage, Péladeau. Une histoire de vengeance, d'argent et de journaux documente la fulgurante ascension de l'homme d'affaires le plus controversé du Québec et l'édification de Quebecor, son entreprise. Julien Brault nous en dit plus.
La date de l'entrevue : 7 juillet 2008
Pourquoi avez-vous écrit une biographie sur Pierre Péladeau ?
Tout d'abord, je me suis toujours intéressé au monde des affaires. Qu'on aime ou non l'expression, le « capitalisme sauvage » est une réalité qui régit notre économie à l'échelle mondiale. Pierre Péladeau se voyait comme un guerrier et son parcours fait de lui non seulement l'homme d'affaires, mais aussi, le personnage le plus intéressant de l'histoire moderne du Québec. C'est du moins mon point de vue, tout subjectif qu'il soit. Une ambition démesurée, un sens de l'humour bien particulier et une ambiguïté foncière ont fini de me convaincre de relever le défi et de découvrir qui était vraiment Pierre Péladeau. En toute modestie, je crois avoir réussi à relever le défi que je m'étais lancé.
Pouvez-vous nous expliquer brièvement qui était Pierre Péladeau ?
En synthétisant, j'ai réussi à l'expliquer en quelque 288 pages...
Brièvement, Pierre Péladeau était un homme d'affaires exceptionnel, qui avait un talent certain pour reconnaître le talent chez les gens. C'était sa principale force dans le domaine des affaires. Déterminé à y réussir, il a longtemps tout sacrifié à la poursuite de cet objectif. Aussi, si sa trajectoire d'entrepreneur est très cohérente, très simple à comprendre, l'homme qui se cachait derrière était énigmatique, et dans son comportement et ses déclarations, imprévisible.
Pouvez-vous nous parler un peu de son enfance ?
Pierre Péladeau a eu une enfance très particulière. Né quelques mois après que son père ait tout perdu, le dernier-né de la famille Péladeau a vécu pauvrement dans un quartier riche, seul de la famille à n'avoir jamais connu le riche mode de vie qui était celui de sa famille avant sa naissance. Sa mère, une femme aussi autoritaire qu'exigeante, va lui transmettre une devise qu'il fera sienne : « Jouer pour gagner ».
Le sous-titre est Une histoire de vengeance, d'argent et de journaux. Pourquoi employez-vous le mot « vengeance » ?
Le livre que j'ai écrit sur Pierre Péladeau est d'abord une histoire de vengeance, parce que Pierre Péladeau était né avec la faillite de son père, qui s'était fait avoir par des hommes d'affaires peu scrupuleux. Bien que sensible, Pierre Péladeau avait une conception dure, manichéenne de la vie. Il devait venger son père en étant plus fort que lui.
Quelles ont été vos différentes recherches pour écrire cette biographie ?
Pierre Péladeau ayant été un propriétaire de presse et d'imprimeries, ce ne sont pas les traces écrites qui manquaient. Toutefois, parmi les milliers de documents que j'ai consultés, rien n'avait été écrit par Pierre Péladeau lui-même, sinon les « post-its » qu'il distribuait pour donner ses instructions. Au niveau des archives, j'ai fouillé celles des hebdomadaires de Transcontinental, me suis rendu à Ottawa pour consulter des lettres patentes à Bibliothèque et Archives du Canada et presque élu domicile à Bibliothèque et Archives nationales du Québec. Le plus dur a bien entendu été de recueillir le témoignage de personnes ayant gravité autour de Pierre Péladeau dont plusieurs, compte tenu de l'étendue de l'empire Quebecor, craignaient de s'ouvrir à moi. Malgré tout, un peu plus d'une dizaine de personnes ayant très bien connu Pierre Péladeau, dont deux de ses adjoints, m'ont généreusement offert leur témoignage.
Au cours de vos recherches, quel élément ou information a le plus retenu votre attention ?
Pierre Péladeau était quelqu'un de beaucoup plus sensible que la normale, un trait étonnant que j'ai découvert en cours de recherche. L'homme essayait toujours de se montrer sous un jour de dur à cuire, mais dans les faits, souffrait beaucoup lorsqu'il mettait un employé au chômage. Aussi, et c'est là que se révèle sa nature foncièrement ambiguë, Pierre Péladeau mettait facilement dehors, à cause de ses exigences de rendement, mais surtout, pour se prouver qu'il n'était pas un sensible. Sa course effrénée, qui le poussa toute sa vie à s'enrichir, n'était qu'une autre expression du conflit qui l'habitait et qui le poussait toujours à agir pour se prouver qu'il était un dur, un fort, un gagnant.
Dans une entrevue avec Christiane Charette sur Radio Canada le 30 janvier dernier, vous avez dit que Pierre Péladeau était un comédien. Pouvez-vous nous en dire plus ?
Derrière les apparences de personnage mal engueulé que Pierre Péladeau se plaisait à cultiver, se cachait un connaisseur de la psychologie de l'homme en société. Pierre Péladeau, qui avait étudié la philosophie à l'Université de Montréal, se vantait d'ailleurs d'avoir lu en entier la comédie humaine de Balzac. Tout ça pour dire qu'il aimait à déceler la motivation profonde des gens et que, pour ce faire, il n'hésitait pas à recourir à la mise en scène, à jouer la comédie. Également, l'homme d'affaires a toujours été attiré par le spectacle, à ce point qu'avant de devenir propriétaire de journaux et d'imprimeries, il avait l'ambition de devenir un grand imprésario. Sa courte carrière d'imprésario, que je dévoile dans mon livre, s'est toutefois révélée un échec.
Quel genre de père Pierre Péladeau était-il ?
Un père absent qui avait du mal à exprimer ses sentiments. Toute sa vie et, plus particulièrement à l'époque où il a eu ses quatre premiers enfants (ceux issus de son premier mariage), les entreprises de Pierre Péladeau fonctionnaient, mais vu les risques que prenait le nouveau père de famille, sa toute relative fortune de l'époque était constamment mise en jeu, et il ne quittait que rarement son bureau. Reproduisant le comportement de sa mère avec ses propres enfants, il était incapable de leur exprimer son affection. À la fin de sa vie, il regrettait de ne pas leur avoir consacré plus de temps. À son fils cadet qui, né en 1991, n'avait alors que cinq ans, il écrivait même des lettres dans lesquelles il lui disait qu'il l'aimait.
Comment la famille de Pierre Péladeau a-t-elle réagi à la sortie du livre ?
J'estime qu'ils ont réagi relativement bien. Avant sa parution, j'ai senti que la famille était très sceptique face à mon livre, même si l'aîné de la famille Érik Péladeau m'a accordé une entrevue. Toutefois, je suis persuadé qu'à la lecture de mon livre, que j'ai voulu le plus proche de la réalité possible, ils n'ont pas trouvé le livre-choc diffamatoire que certains d'entre eux redoutaient peut-être. Ils ont plutôt trouvé un ouvrage honnête dont les vérités ne leur faisaient pas toujours plaisir, mais qui, en définitive, rendait justice à ce que leur père avait été.
En quoi ce livre se distingue-t-il des autres biographies sur Pierre Péladeau ?
Le livre que j'ai écrit sur Pierre Péladeau est le premier à se baser sur une recherche documentaire exhaustive, mais aussi, à relater la vie du personnage en commençant par la prospérité puis la déconfiture financière de son père pour finir avec les héritiers de Pierre Péladeau. D'autres livres pertinents ont été écrits, comme celui de Colette Chabot (lui aussi réédité sous la bannière Québec Loisirs) sorti bien avant que Quebecor devienne l'empire qu'on connaît aujourd'hui et celui de Bernard Bujold, dernier adjoint de l'homme d'affaires, qui a quant à lui raconté la dernière décennie de la vie de son ami et patron. J'ai eu la chance de bénéficier du témoignage de ces deux auteurs, qui avaient très bien connu Pierre Péladeau. Quant à moi, je ne l'ai jamais rencontré. Enfin, j'estime que cette distance m'a permis d'aborder sa biographie avec objectivité.
À quoi travaillez-vous en ce moment ?
Je ne quitte pas le genre de la biographie. Cette fois, je m'attaque à un autre homme qui a marqué le Québec, Robert Bourassa, qui a été à plusieurs égards une antithèse de Pierre Péladeau. Je profite de cette tribune pour inviter quiconque a des informations ou un témoignage pertinent à offrir sur ce politicien à communiquer avec moi par courriel (jrbrault@gmail.com).
Pour terminer, quel message voudriez-vous lancer aux lecteurs de Québec Loisirs ?
Achetez mon livre ! À 19,95 $, c'est une occasion d'affaires, le prix en librairie s'élevant à 24,95 $.
Julien Brault en 5 questions :
Le livre qui vous a le plus transporté ?
Julie ou la nouvelle Héloïse de Jean-Jacques Rousseau.
Une cause qui vous tient à coeur ?
La liberté d'expression, parce que c'est mon gagne-pain.
Une de vos petites manies ?
Retenir le prix des choses.
Une phrase entendue qui vous a marqué ?
Aucune phrase ne m'a particulièrement marqué.
L'époque à laquelle vous auriez aimé naître ?
La contemporaine, parce que c'est celle que je connais le mieux.
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