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Chrystine Brouillet a publié son premier roman, Chère voisine, en 1982 et décroché à cette occasion le prix Robert-Cliche. Depuis, elle n'a cessé de publier pour les jeunes et les adultes, remportant prix littéraires et faveur du public. Auteure de sagas historiques (Marie Laflamme, Les quatre saisons de Violetta), elle est particulièrement connue pour sa série de polars mettant en vedette l'attachante détective Maud Graham. On peut aussi entendre Chrystine Brouillet à la radio et à la télévision où elle tient régulièrement des chroniques.
La date de l'entrevue : 30 avril 2003
Quand et comment avez-vous décidé de devenir écrivain ?
J'avais 12 ans, j'étais amoureuse de mon professeur de français et je lui ai dit : "Quand je vais être grande, je vais être écrivain, et je vais vous dédier mon premier livre." Et c'est ce que j'ai fait !
Votre ancien professeur est au courant ?
Bien sûr ! J'ai oublié ma passion amoureuse et nous sommes devenus amis avec les années... (Rires)
Déjà à 12 ans, donc, vous saviez que vous vouliez devenir écrivain ?
J'étais quelqu'un qui lisait énormément et je lis encore beaucoup. Toute petite, j'inventais des histoires, je les écrivais, je les illustrais. Bref, j'étais très bien dans cet univers-là... Je pense que c'était tout simplement une suite logique de devenir écrivain de façon professionnelle.
Vous êtes une auteure prolifique, et vous tenez en plus, régulièrement, des chroniques à la radio et à la télévision. Cela représente une somme de travail importante ! Comment partagez-vous votre temps entre l'écriture et vos autres activités ?
J'ai la chance d'avoir une bonne résistance physique. C'est vraiment un cadeau : je n'ai rien fait pour ! Cette énergie me permet de beaucoup écrire, de réaliser de nombreux projets. Heureusement parce que je suis quelqu'un qui a de la difficulté à dire non aux propositions intéressantes. Donc, je suis une touche-à-tout, et parce que j'ai de l'énergie, je parviens à multiplier les activités. Je trouve d'ailleurs que je suis privilégiée : ce n'est pas donné à tout le monde d'avoir une grande capacité de travail ! J'ai hérité cela de mes parents et je les en remercie...
Est-ce que vous avez un horaire de travail précis ? Vous vous imposez une discipline ?
Oui, tout à fait. Ce n'est pas un métier que je pratique par amusement ou que je fais à moitié. Il faut vraiment que je travaille tant d'heures par jour, tant de jours par semaine. Mais je ne me plains pas ; je ne travaille pas plus que la plupart des gens, soit 30-35 heures semaine environ.
Par contre, je suis très disciplinée et très organisée. Je pense que pour pratiquer le métier d'écrivain, c'est incontournable : nous n'avons pas de patron derrière nous, personne pour nous dire quoi faire. Les gens me disent souvent : "Pour être écrivain, il faut avoir beaucoup d'imagination." Je dirais franchement que ce n'est pas l'imagination qui pose problème ; bien plus la nécessité d'être discipliné et organisé. Sans oublier la persévérance ! Le plus dur, ce n'est pas d'inventer une histoire, c'est de se rendre au bout, de l'écrire complètement.
Qu'est-ce qui a déclenché l'écriture des Quatre saisons de Violetta et vous a poussé à choisir le thème de la sorcellerie ?
J'avais envie de beaucoup de choses et ce roman-là est un peu la somme de tout ce que j'aime. J'avais envie d'écrire une histoire d'amour, ce que je n'avais encore jamais fait. J'avais aussi envie de parler des parfums - j'adore les parfums ! -, de musique et des quatre éléments principaux que sont l'air, la terre, le feu et l'eau.
Étant une grande fan de Ma sorcière bien-aimée, j'avais aussi envie de créer un personnage fantastique. J'avais déjà travaillé sur les sorcières lors de l'écriture de Marie Laflamme mais j'y parlais en fait de femmes, sans aucun dons, qui ont été condamnées d'une façon tout à fait injuste. Dans le cas de Violetta, je me suis fait plaisir : j'ai inventé une vraie sorcière, avec des dons.
Enfin, je souhaitais démontrer aux humains qu'on est chanceux d'être des humains parce que les sorciers, malgré tous leurs pouvoirs, n'ont pas la faculté de s'émouvoir comme nous de la beauté d'un tableau, d'une musique ou d'un livre. Toutes ces émotions, toute la sensibilité humaine par rapport à l'art nous rendent très privilégiés. Moi, si j'écoute Daniel Bélanger ou Mozart, je ressens une émotion et je me trouve chanceuse de vivre cette émotion. Je voulais montrer qu'on est chanceux finalement de notre sort... Quoique parfois j'aimerais bien avoir les talents de Violetta... Pour elle, la musique a des odeurs; cette expérience doit être extraordinaire !
Le roman met en scène l'univers des sorciers comme s'il s'agissait d'une dimension normale de la vie. C'est un peu troublant, non ?
Oui, c'est vrai ! Je pense que j'aime le fantastique quand il s'agit seulement d'un petit décalage par rapport à la réalité, quand on reste dans le quotidien. Les trucs trop compliqués sur d'autres planètes, avec des monstres incroyables, je ne suis pas capable de les imaginer; j'aime rester collée au quotidien. Je veux bien, moi, qu'il y ait des fantômes dans ma vie, des lutins et autres créatures. Mais dans la vie d'un humain ordinaire. Et c'est l'effet que je voulais créer : je voulais que ce soit notre univers bien réel qui, tout à coup, dérive un tout petit peu et nous fasse tomber dans un univers fantastique.
Vous croyez à la sorcellerie ?
Oui ! Il faut croire à la magie ! Et j'espère que des fantômes viendront me visiter. (Rires)
Violetta, votre héroïne, est mi-humaine, mi-sorcière. Elle est insensible et ne s'humanise que petit à petit, au fil de ses quatre vies. Comment est né ce personnage original ?
Je voulais prouver que c'est l'art qui rend humain, qui rend sensible. C'est la musique qui va rendre Violetta humaine, qui va la guider dans un univers d'émotions. Je pense que c'est formidable quand c'est Bach ou Vivaldi qui vous prennent par la main pour vous faire découvrir la beauté du monde. Dans le cas de Violetta, la musique est ce qui lui permet d'être perméable à d'autres émotions.
Et puis, avant toute chose, j'avais envie de raconter une histoire, j'avais envie d'un roman avec beaucoup d'événements, beaucoup de suspense... C'est un roman qui est à la fois policier, fantastique et historique. Bref, un roman qui marie tout ce que j'aime ! Sans oublier le roman d'amour... Ah, que j'étais heureuse que Violetta rencontre quelqu'un de bien !
La trame historique et géographique de Violetta est impressionnante... Vous nous menez dans la Venise de Vivaldi, le Chicago d'Al Capone, le Paris de l'Occupation et finalement en l'an 2000. Quelles recherches avez-vous dû mener pour parvenir à restituer toutes ces époques et ces lieux dans votre roman ?
Je me suis appuyée sur pas moins de 100 livres de documentation. Quand je parle de Vivaldi qui enseigne à Violetta, c'est que j'ai vraiment vérifié qu'il n'était pas en Autriche ou aux Pays-bas à ce moment-là, en train de donner un concert à un quelconque roi, mais bien à Venise, et qu'on pouvait jouer cette pièce-là à l'époque... De la même façon, l'Ospedale della Pietà existe réellement, et il y avait vraiment des enfants qu'on confiait à l'orphelinat comme ça. Même chose quand Violetta prend un verre dans un bar à Chicago : le bar existe ! Je me suis donc vraiment basée sur un fond historique très précis mais avec des personnages complètement fantastiques.
Avez-vous dû vous rendre sur les lieux où se déroulent les vies de votre héroïne ?
Oui, ça m'a demandé énormément de lectures mais aussi des voyages. Je me suis rendue à Auschwitz et à Varsovie pour la troisième partie du roman. J'ai fait un cours en parfumerie à Paris. J'avais lu beaucoup, mais la lecture n'était pas suffisante pour comprendre comment cela fonctionne, comment on fait les parfums. Ça a été absolument extraordinaire, un vrai bonheur ! À Paris, j'avais également beaucoup d'éléments à vérifier : le Paris d'autrefois et le Paris d'aujourd'hui sont quand même très différents. Heureusement, je connaissais déjà bien Venise... Bref, ce fut un boulot assez fou. En choisissant de mettre en scène quatre époques différentes, je me suis vraiment donné du trouble !
Écrire un roman de plus de 700 pages demande du souffle. Vous saviez ce que vous alliez écrire chapitre après chapitre au moment de commencer la rédaction ?
Cela demande beaucoup de souffle, et de la persévérance. J'y reviens tout le temps... J'étais aussi bien organisée. Je savais ce que j'allais écrire chapitre après chapitre et le plan de mon roman s'étendait sur des pages et des pages. Je ne pourrais pas fonctionner sans savoir où je vais. Et puis, quand j'étais un peu découragée, je me disais : "J'ai déjà tout fait ça, je ne peux quand même pas m'arrêter maintenant !". En fait, je crois que je réussis à faire ce que je veux parce que ma préparation est très précise, entièrement réglée. Et parce que j'ai un excellent recherchiste ! Il travaille avec moi depuis plusieurs années. Gilles Langlois, c'est mon ange gardien...
Saveurs, musique, parfums sont très présents dans votre roman. Les sens - comme l'ouïe, l'odorat, le goût - et les plaisirs qu'ils peuvent procurer vous inspirent particulièrement ?
C'est la première fois, je pense, que je mets aussi peu de "gourmandise" dans un roman. L'année précédente, j'avais fait un livre de cuisine; j'étais donc un peu comblée côté gastronomie. Mais c'est vrai, je suis persuadée qu'on est chanceux quand on profite de toutes ces choses qui sont gratuites, ces petits bonheurs simples. L'odorat est le sens le plus important pour moi. Quand je frotte simplement des feuilles de tomates dans mes mains, je trouve que ça sent tellement bon ! Ça sent une odeur de fraîcheur verte. Quand j'entends quelqu'un siffler un air que je connais dans la rue, ça me fait plaisir. J'ai de la chance, je suis vraiment quelqu'un qui apprécie les petites choses de la vie. Je ne crois pas au bonheur avec un grand B mais plutôt à une succession de petites choses qui font qu'on a envie de sourire.
Avez-vous un projet de roman en cours ?
J'ai un roman qui sort fin juin, un nouveau Maud Graham. Je n'ai pas de projet en chantier ; je réfléchis à ce que je vais faire. Mais je ne suis pas inquiète ! Et cet été, je vais être à la télé : "L'été c'est péché" recommence le 2 juin. Je suis aussi au "Montréal Express" jusqu'à la fin juin. Alors je vais avoir de quoi m'occuper ! D'ailleurs, je ne m'ennuie jamais ; c'est un mot qui ne fait vraiment pas partie de mon vocabulaire. Je ne comprends pas les gens qui s'ennuient, qui ne savent pas quoi faire. Moi, mon problème est inverse : j'aimerais des journées de 48 heures !
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